Éditorial du mois

Feu !

 

Le feu va se répandre à la Pentecôte. Le feu peut réchauffer, éclairer, et faire fondre. Ainsi l’amour divin produit différents effets dans le cœur : la joie, la paix, la miséricorde. La joie n’est pas une vertu, mais l’effet d’une vertu : la charité qui brûle. Posséder la charité, c’est posséder la joie, fruit savoureux de l’Esprit Saint.

Cette joie n’est pas la joie de façade qui veut faire croire que « tout va bien » : les sourires inamovibles sont publicitaires pour les dentifrices, pas pour l’Esprit Saint.

Elle n’est pas forcément la gaieté de tempérament. Il est vrai que saint Philippe Néri disait : « Il est plus facile de conduire les gens joyeux sur les chemin de la vie spirituelle que les gens tristes ». Mais certains caractères sont moins portés à exprimer ce qui les habite. Quant aux plus sensibles, leur moral pourra être rapidement atteint par le temps qu’il fait, la digestion, le sommeil… sans oublier les influences de l’Adversaire.

La joie spirituelle est plus profonde que tout cela. Le pape François condense : « Elle demeure toujours au moins comme un rayon de lumière qui naît de la certitude personnelle d’être infiniment aimé, au-delà de tout » (Lettre du 19 mars sur la sainteté, n° 125).

Laissons-la nous réchauffer, pour trois raisons :

– Pour éviter les aigreurs d’estomac.

– Pour être convaincants : une croyance qui plonge dans la tristesse ne donne pas envie.

– Pour devenir des saints. La lettre du pape commence par les mots de Jésus qui forment son titre (Mt 5)  : « Soyez dans la joie et l’allégresse » ! Le chapitre 4 souligne cinq maladies d’aujourd’hui : l’anxiété, la tristesse, l’engourdissement, l’individualisme, la fausse spiritualité. Cela appelle une sainteté portant cinq caractéristiques : la patience, la joie, la ferveur, la communauté, la prière. Comment esquiver cet appel ?

Notre-Dame peut nous obtenir la joie, puisqu’elle a tressailli dans le Magnificat : « Mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur ».

Enfin, si c’est possible, ne pas se priver de sourire :

« Ordinairement, la joie chrétienne est accompagnée du sens de l’humour, si remarquable, par exemple, chez saint Thomas More, chez saint Vincent de Paul ou chez saint Philippe Néri. La mauvaise humeur n’est pas un signe de sainteté » (Lettre n° 126). Et le pape recommande la prière attribuée à saint Thomas More :

« Donne-moi une bonne digestion, Seigneur, et aussi quelque chose à digérer. Donne-moi la santé du corps, avec le sens de la garder au mieux. Donne-moi une âme simple, Seigneur, qui ait les yeux sur la beauté et la pureté, afin qu’elle ne s’épouvante pas en voyant le péché, mais qu’elle sache redresser la situation. Donne-moi une âme qui ignore l’ennui, le gémissement et le soupir, et ne permets pas que je me fasse trop de souci pour cette chose encombrante que j’appelle ‘‘moi’’. Seigneur, donne-moi l’humour pour que je découvre quelque joie dans cette vie et que j’en fasse profiter les autres ». 

 

Abbé Augustin Cayla